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Uma Paciência Selvagem Me Trouxe Até Aqui

  • 0h26
  • identification en cours
  • Eri Sarmet
  • 2021
  • fictioncourt-métrage
  • Brésil
  • couleur
Synopsis

Une motarde d’une cinquantaine d’années se rend pour la première fois à une soirée lesbienne. Elle y rencontre quatre jeunes personnes queer qui partagent leur maison et leur affection.

Contribution
juin 2026

L'Atlantique noire et queer du cinéma : proposition de cartographie affective

S’il est une tradition à laquelle s’astreignent bon nombre de réalisateur·ices queers, c’est bien à celle de la citation. Dans ce domaine lae cinéaste Eri Sarmet (he/they) excelle ! Le décor est posé dès le titre de son court-métrage, Uma Paciência Selvagem Me Trouxe Até Aqui (A Wild Patience Has Taken Me Here, 2021), un vers emprunté à la poétesse et essayiste féministe lesbienne, Adrienne Rich. C’est ainsi que Sarmet nous invite dans son poème visuel où iel s’affranchit des narrations traditionnelles (adieu linéarité du temps !) pour venir révéler la persévérance farouche requise quand on souhaite exister et désirer en tant que personnes queers racisées.

Si le film regorge d’hommages et de clin d’oeil, c’est qu’Eri Sarmet a longtemps été promoteur·ice de soirées queers à São Paulo et qu’en plus de son travail d’activiste, iel est chercheur·e en études pornographiques. Pas étonnant qu’iel considère ce court-métrage comme du « métacinéma lesbien ». Par exemple, l’héroïne s’appelle Vange, comme Vange Leonel, chanteuse, écrivaine et activiste lesbienne brésilienne morte en 2014. En semant des références tout au long du récit, Sarmet enchevêtre les époques et les registres d’images : séquences filmées contemporaines, appuyées par une netteté excessive, images d’archives de tous types et qualités (vidéos granuleuses ; archives photos personnelles -soirées, familles, amies en goguette, manifestations, extraits de correspondance, etc. ) ou encore moments performés, cadrés comme des tableaux. Cette mise en scène n’est pas sans rappeler les oeuvres de Barbara Hammer, la fabulation critique à laquelle a recours Cheryl Dunye dans The Watermelon Woman ou la logique d’ « archive des affects » d'Ann Cvetkovich. En définitive, car ce que Sarmet propose, c’est la fiction comme stratégie de préservation de souvenirs affectifs lesbiens exclus du canon cinématographique.

Pour toutes ces raisons, le pitch est extrêmement simple : Vange, une motarde quinquagénaire et solitaire de São Paulo croise, dans un bar, un groupe de jeunes queers. Iels sont polyamoureux·ses, vivent, dansent et s’aiment en communauté et plutôt que de partir dans un classique récit de « clash des générations », Sarmet choisit de faire exister cette rencontre fragile et pourtant évidente. Plus audacieux encore, Uma Paciência Selvagem Me Trouxe Até Aqui met en scène le désir des (et pour) les lesbiennes de plus de 50 ans !

Pleinement conscient·e de la violence négrophobe et LGBTQIA+ophobe qui sévit au Brésil, Sarmet centre les protagonistes noir·es dans son récit, sans rien concéder à la mixité raciale au coeur de la vie de celleux qui vivent à São Paulo (ville-personnage présentée elle aussi dans toute sa complexité entre urbanité et nature). Enfin, je vous laisse découvrir la scène de sexe de groupe, démonstration de la capacité des cinéastes queers à inventer des imaginaires érotiques aussi désirables qu’émancipateurs.

Amandine Gay
Contributions liées
Contribution mensuelle, juin 2026

Amandine Gay :
« L'Atlantique noire et queer du cinéma : proposition de cartographie affective »

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