Synopsis
Cette comédie dramatique en cinq courts épisodes suit un groupe d’ami·es noir·es, queer et polyamoureux·ses à New York. Située au cœur de Bed-Stuy, à Brooklyn, la série accompagne l’artiste Yuri — interprétée par Rae Leone Allen, également co-créatrice de la série — et sa petite amie Camille, alors qu’elles interrogent les contours et les limites de leur relation ouverte.
Contribution




L'Atlantique noire et queer du cinéma : proposition de cartographie affective
195 Lewis est une lettre d’amour au Brooklyn noir et lesboqueer. Cette websérie de 2017 n’a rien perdu de sa fraîcheur, qu’il s’agisse du format de narration (5 épisodes d’un peu moins de 10 minutes), de la photographie (ici, le bisexual lighting est roi pour les séquences nocturnes), ou des thématiques abordées (la gentrification ; la précarité des artistes ou encore le polyamour et ses affres dans les communautés noires lesbiennes et queer de Bed-Stuy, un quartier de Brooklyn).
Nous plongeons dans la vie d’un groupe de femmes noires queers grâce à un procédé narratif simple mais efficace : l’ingénue qui débarque de la scène lesbienne noire de Dallas et qui, par la force des choses (une rupture), se retrouve à explorer ce nouveau monde new-yorkais. Ce sont ses interrogations et sa naïveté qui nous permettent d’en saisir les contours. La nouvelle venue s’appelle Kris et elle s’incruste dès le premier épisode dans la maison que son ex, Yuri, partage déjà avec sa compagne principale, Camille et où squatte aussi Anne, la petite soeur de cette dernière. D’entrée de jeu, la question des familles choisies et des challenges qu’elles présentent est posée -ne serait-ce qu’en terme d’espace, dans une ville célèbre pour la difficulté à y trouver un logement décent. Si vous rajoutez à ça le polyamour (en particulier la présence spectrale de Harlem, une des partenaires que Yuri apprécie un peu trop au regard de son arrangement avec Camille), vous obtenez une chronique drôle et tendre sur un groupe de femmes noires queers de New-York.
Dans 195 Lewis, la réalisatrice Chanelle Aponte Pearson prend délibérément le parti de s’émanciper des genres récurrents dans les représentations queers. Dans le monde qu’elle nous propose, la queerness des personnages est un acquis ; nous sommes simplement invité·es à les voir évoluer face à des enjeux universels.
De fêtes en brunchs, de l’atelier de Kris -qui est peintre – aux discussions profondes dans la cuisine, en passant par des scènes de sexe qui ne manquent pas d’humour, c’est la vie queer noire qui se déploie dans toute sa banalité et sa beauté. 195 Lewis c’est un temps suspendu, un de ces moments de grâce dont on espère qu’il sera suivi par beaucoup d’autres.