Synopsis
Un réalisateur voit le tournage de son film annulé et part à la recherche de ce qu’il en reste, ailleurs, avec un autre acteur. Ce qu’ils cherchent ensemble n’est plus seulement un film, mais une réflexion sur les récits qu’on interdit et ceux qu’on se réapproprie.
À travers leurs échanges, la frontière entre le cinéma et la vie s’efface et le film devient un espace de résistance intime, où penser, désirer et dire sont une seule et même chose.
Affiche

Contribution




L'Atlantique noire et queer du cinéma : proposition de cartographie affective
Que reste-t-il d'un film qu’il nous est interdit de tourner ? Cette question est le point de départ de Taxi Moto (2026), court métrage de Gaël Kamilindi qui invente un « métacinéma afroqueer » (j’adapte ici le concept d’Eri Sarmet) comme geste poétique permettant de résister à la censure.
Au départ était un scénario, celui d’une romance gay qui devait se dérouler au Rwanda, pays d’origine de Kamilindi. Mais au dernier moment, les autorisations de tournage sont refusées et le film ne peut voir le jour tel qu’il a été écrit. Qu’à cela ne tienne, voici notre intrépide acteur-auteur-réalisateur prêt à troquer le taxi-moto de Kigali pour la Vespa à Paris ! Le format 4:3 et la pellicule achèvent de donner une patte singulière à cet essai visuel où se mêlent fiction, réalité, réflexion politique, désirs, amours et poésie afro-queer.
C’est donc en se mettant en scène, dans une temporalité triple et en revendiquant fièrement la filiation avec Dakan (dont plusieurs plans apparaissent au cours de Taxi Moto) que Kamilindi refuse à son tour le silence et l’effacement. Il y a le temps du scénario original dont le double fictionnel du cinéaste discute de cafés en promenades avec l’acteur Erwan Kepoa Falé (est-ce une audition ? Une date ? Un échange entre amis noirs et gays ? Un peu des trois ?). Le temps du film qui peut se faire (entre prises de vues à Kigali, tournages dans des serres tropicales en Europe et des séquences « plus parisiennes tu meures »). Et le temps du rêve avec des scènes qui ont tout d’un tableau, car - et c’est selon moi le coeur du propos qui se dessine tout au long de ce film qui feint la légèreté pour mieux poser les questions qui fâchent - la censure n’a pas le pouvoir de museler nos imaginaires. Taxi Moto nous rappelle le pouvoir et la puissance du cinéma qui peut transformer les tabous et les absences en joyaux.