L'Atlantique noire et queer du cinéma : proposition de cartographie affective
Comment adresser les tabous de l’histoire ? Comment représenter ceux qui sont déjà en train de disparaitre ? Comment refuser le male gay-ze hétéronormé et blanc ? Comment affirmer sa subjectivité afro-queer ? En ayant recours à la poésie et au lyrisme bien sûr ! Dans Looking for Langston (1989), Isaac Julien, alors membre du collectif Sankofa Film and Video Collective, fait voler en éclat toutes les conventions narratives autour de la biographie d’artiste. Certes, il s’intéresse à la vie du poète Langston Hughes, mais en s’attachant à une omission majeure des oeuvres ayant, jusqu’à lui, abordé le mouvement littéraire de la Harlem Renaissance : l’homosexualité des artistes noirs des années 1920. Mêlant archives de cette période, séquences oniriques tournées dans un noir et blanc somptueux, poésie d’auteurs du canon noir et gay (Baldwin, Hemphill, etc.) déclamée ou murmurée par d’autres icones noires (Toni Morrison, pour ne citer qu’elle), photographies de Robert Mapplethorpe et tableaux visuels qui y font écho, le tout souligné par une bande-son allant de Billie Holiday à Royal House, Julien fait fi de la linéarité du temps et nous offre un dialogue multimédia noir et queer qui résonne de façon toujours aussi puissante, 45 ans plus tard. Son audace n’est pas seulement formelle, elle est politique, sensuelle et spirituelle : Julien crée en plein coeur de la crise du VIH/sida et choisit de célébrer le désir et l’amour homosexuel, au moment même où il est devenu synonyme de mort. Pas étonnant que cette oeuvre hybride, à la frontière de l’élégie funèbre et de l’utopie rétrospective, ait immédiatement été considéré comme un des actes fondateurs du New Queer Cinema !
L'Atlantique noire et queer du cinéma : proposition de cartographie affective
Comment adresser les tabous de l’histoire ? Comment représenter ceux qui sont déjà en train de disparaitre ? Comment refuser le male gay-ze hétéronormé et blanc ? Comment affirmer sa subjectivité afro-queer ? En ayant recours à la poésie et au lyrisme bien sûr ! Dans Looking for Langston (1989), Isaac Julien, alors membre du collectif Sankofa Film and Video Collective, fait voler en éclat toutes les conventions narratives autour de la biographie d’artiste. Certes, il s’intéresse à la vie du poète Langston Hughes, mais en s’attachant à une omission majeure des oeuvres ayant, jusqu’à lui, abordé le mouvement littéraire de la Harlem Renaissance : l’homosexualité des artistes noirs des années 1920. Mêlant archives de cette période, séquences oniriques tournées dans un noir et blanc somptueux, poésie d’auteurs du canon noir et gay (Baldwin, Hemphill, etc.) déclamée ou murmurée par d’autres icones noires (Toni Morrison, pour ne citer qu’elle), photographies de Robert Mapplethorpe et tableaux visuels qui y font écho, le tout souligné par une bande-son allant de Billie Holiday à Royal House, Julien fait fi de la linéarité du temps et nous offre un dialogue multimédia noir et queer qui résonne de façon toujours aussi puissante, 45 ans plus tard. Son audace n’est pas seulement formelle, elle est politique, sensuelle et spirituelle : Julien crée en plein coeur de la crise du VIH/sida et choisit de célébrer le désir et l’amour homosexuel, au moment même où il est devenu synonyme de mort. Pas étonnant que cette oeuvre hybride, à la frontière de l’élégie funèbre et de l’utopie rétrospective, ait immédiatement été considéré comme un des actes fondateurs du New Queer Cinema !