Synopsis
Une jeune fille de 17 ans, élevée dans une famille très rigoriste, cache son amour des femmes à ses parents tout en menant une double vie nocturne.
Affiche

Contribution

Une jeune fille de 17 ans, élevée dans une famille très rigoriste, cache son amour des femmes à ses parents tout en menant une double vie nocturne.

L'Atlantique noire et queer du cinéma : proposition de cartographie affective
Dès les premières secondes de Pariah (2011), la réalisatrice Dee Rees décentre le male gaze blanc et hétéronormé en plaçant les spectateur·ices du point de vue d’Alike, adolescente noire lesbienne de 17 ans en train d’assister à une performance de strip-teaseuse noire dans son quartier de Brooklyn. Ne vous fiez pas au titre du film, « paria », pour vous donner une indication sur son ton : l’héroïne s’apprête certes à faire face à bon nombre d’obstacles qui la mèneront au plus près d’elle-même, mais rien dans ce récit ne relève du misérabilisme ou de la tragédie. Pariah dialogue à sa façon avec The Watermelon Woman car Dee Rees glisse à son tour de nombreux éléments de sa biographie dans son premier long métrage (elle a grandi dans une famille conservatrice où le poids de la religion et de l’homophobie l’ont conduite à devoir s’éloigner), même si elle choisit un autre genre, très emprunté dans les films queers, celui du coming of age. Elle en renouvelle les codes à partir de son regard de cinéaste lesbienne et noire qui lui permet de centrer le vécu d’une jeune femme noire queer tout en abordant avec justesse et rigueur des sujets épineux comme celui de la lesbophobie dans les communautés noires ou de l’homophobie internalisée. Ce faisant, elle ne cède jamais au sensationnalisme ou au voyeurisme.
Ici, la forme sert le fond : la musique d’abord, où l’on retrouve bon nombre d’artistes noires, queers et/ou indé (Tamar Kali, Khia, Sparlha Swa, Khandi Cole, etc.), le montage son, Brooklyn comme décor, les costumes, ensuite. Enfin, la photographie est signée Bradford Young. Tout est étudié pour que l’image reflète soit l’état intérieur de l’héroïne, soit l’importance de la situation : en début de film, Alike est souvent filmée en contre-jour, comme prise dans son ombre ; les scènes de nuit sont une masterclass en « bisexual lighting » et lors de la scène d’éveil à la sexualité avec le personnage de Bina, les deux amantes sont baignées de magenta, mais c’est dans le dernier plan que Dee Rees insiste le plus sur le pouvoir narratif de l’image.
Alors qu’Alike choisit de voguer vers son destin, son visage apparait dans une lumière solaire éclatante, elle est devenue elle-même.
Non sans rappeler Dakan, l’exil est revendiqué dans Pariah comme acte d’affirmation de son identité queer par l’héroïne. Dans le bus qui l’emmène vers sa nouvelle vie en Californie où elle a été acceptée dans un programme d’écriture, Alike lit un poème dont elle est l’autrice : « Je ne m’enfuis pas, je choisis ».