Steve a 25 ans, la dégaine d’un « loulou des quartiers » ceux-là même qui alimentent les faits-divers sur la violence des banlieues. Il faut dire que « petite racaille », il l’était encore il y a quelques mois. Avec ses potes, compagnons d’infortunes, il « tenait les barres » de sa cage d’escalier, rêvant d’une vie meilleure entre les vapeurs des joints qu’ils se partageaient entre amis.En septembre 2008, il décide subitement de changer de vie. À l’insu de ses copains du quartier, il entame une formation d’acteur au cours Simon, une école de théâtre parmi les plus prestigieuses en France. Depuis, Steve embarque chaque jour dans son RER B. Depuis la station d’Aulnay il rejoint Paris et l’univers doré des enfants bien nés. Bien plus qu’un voyage social c’est un parcours initiatique qu’il entame dès lors, en tentant de faire de ce rêve d’acteur une entreprise de reconstruction.Ce film suit Steve à ce tournant de sa vie et tente de raconter sa difficile métamorphose.

Alice Diop
Alice Diop, née en 1979, est une réalisatrice française. Elle est l'auteure notamment de films documentaires de société.
En 2022, elle reçoit le grand prix du jury et le prix du premier film pour Saint Omer, sa première fiction, à la Mostra de Venise. En 2023, elle reçoit également le César du meilleur premier film pour Saint Omer.
Une Cinémathèque idéale des banlieues du monde doit oser et être accessible
J’ai été transportée par la voix de Steve Tientcheu, personnage principal de ce film, par cette façon qu’il a de raconter son rêve secret de devenir acteur et de se battre contre ses proches et les autres pour que cela advienne. Tout au long du film, on le voit évoluer de sa cité d’Aulnay-sous-Bois vers Paris. C’est là, dans la capitale qu’il prend des cours pour devenir comédien et qu’il est sans cesse renvoyé à son côté banlieusard et au fait d’être un homme noir. La réalisation permet de se sentir proche du personnage mais toujours à bonne distance au point de ressentir ses émotions, ses déceptions, ses interrogations, ses victoires. La banlieue transpire dans ce film à travers tous les trajets filmés dans le RER, le langage de Steve Tientcheu, la présence de ses amis. La banlieue existe sans jamais être caricaturée et c’est très beau. J’ai été touchée par l’espoir qui résulte de ce film, par le regard de la réalisatrice sur le personnage.
Entre le néant et l'infini
Dans La mort de Danton, Alice Diop raconte le parcours de Steve Tientcheu qui a décidé de changer de vie en suivant une formation d’acteur au Cours Simon, une école privée de théâtre très connue sur Paris. Elle le rencontre parce qu’iels ont grandi dans la même cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois et lors d’un mariage elle le revoit et est surprise par sa démarche parce qu’elle-même avait des préjugés sur ce qu’il était devenu. Ce choix de vie soulève de nombreuses questions intimes, sociales, et raciales. Parce qu’il est noir et vient de banlieue, Steve sera cantonné à des clichés et des rôles racistes. Sa quête d’être soi malgré tout, sera d’autant plus semé d’embuches et comme dit Alice Diop: “Pour moi La mort de Danton n'est justement pas un film sur un mec noir de banlieue. Ce qui m'a intéressé, c'est la dimension romanesque de ce personnage.” Cette dimension romanesque on la perçoit dans son parcours d’émancipation, dans ses questionnements qui évoluent, dans le récit qui est fait de lui. C’est intéressant que ce questionnement sur soi passe par le théâtre, par le jeu théâtral. Parce que le jeu théâtral demande de se dévoiler contrairement à ce que l’on pourrait penser. Tout ça demande de se connaître, de s’apprivoiser véritablement malgré l’image qu’on nous accole. Steve rêve de jouer Danton, ce personnage emblématique de la Révolution française de la pièce de Büchner mais on ne lui laissera pas le droit.
Qui a le droit de jouer qui et de se jouer de quoi ? Une question qui interroge foncièrement les structures de pouvoir d’une société.




Nous, Kourtrajmeuf
La Mort de Danton raconte l’histoire d’un mec de quartier qui se libère de ses chaînes en franchissant le périphérique pour rencontrer son alter ego à travers le théâtre. Tout au long de ma jeunesse, j’ai constaté que beaucoup restent prisonniers des codes du « quartier », par peur du jugement, des critiques, des moqueries, et par crainte de ne plus faire partie du groupe.
Mais Steve décide de se lancer dans le théâtre, c’est un grand pas vers sa liberté, vers la découverte de lui-même. Une liberté difficile à saisir, car, lorsqu’il arrive dans cet environnement opposé au sien, il ne passe pas inaperçu, et on cherche à le mettre dans une case. Pourtant, Steve reste concentré sur son objectif. Il se bat et devient ce qu’il rêvait d’être : un homme libre, capable d’incarner une multitude de personnages. Non pas celui que les autres ont décidé qu’il soit.