Synopsis
Kourou est un jeune paysan zaïrois qui désire faire de la musique et gagner sa vie en faisant tous les métiers possibles. Il part à Kinshasa, la capitale, avec son cousin Mongali. Pendant le trajet, Kourou tombe amoureux d'une jeune femme portant le nom de Kabibi. Engagé comme domestique, Kourou ne sait pas encore que son patron, Nvouandou, est aussi sous le charme de Kabibi. Le patron va tout faire pour que l'union de Kabibi et Kourou devienne impossible…
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Contributions




Connexion Atlantique
Ce film constitue, selon moi, l’une des plus belles pépites du catalogue, il a été restauré par la Cinémathèque Afrique en 2020. On y suit les aventures du jeune Kourou (joué par le célèbre musicien de rumba congolaise Papa Wemba). Fraîchement arrivé de la campagne pour tenter sa chance en ville, il alterne petits boulots et chansons de rues, animé par une passion indéfectible pour la musique. Lorsqu’il tombe amoureux de Kabibi, leur amour va être mis à rude épreuve, car il n’est pas son seul prétendant.
L’histoire se déroule à Kinshasa, capitale de l’actuelle République Démocratique du Congo, dans les années 1980, à une époque marquée par une effervescence culturelle intense. Le pays s’appelait alors Zaïre, dirigé d’une main de fer par Mobutu. Une figure aussi controversée que marquante : autoritaire, adepte de la mise en scène du pouvoir, mais aussi promoteur d’un nationalisme congolais fort, notamment à travers sa politique d’authenticité. C’est cette volonté de rompre avec les références occidentales qui pousse le régime à nationaliser les entreprises étrangères. Ce virage va entraîner le pays dans une crise économique profonde, qu’on retrouve en filigrane dans le film : montée des inégalités, essor de l’économie informelle, exode rural…
Mais La Vie est Belle montre aussi une autre facette de la capitale : celle de « Kin la belle », cette ville explosive, imprévisible, magnétique. À travers le personnage de Kourou incarné par l’énergie communicative de Papa Wemba – véritable icône pour toute une génération – le film capte cette vibration unique. Kinshasa y apparaît dans toute sa richesse : ses contrastes, ses night-clubs, sa débrouille, sa jeunesse, et cette culture musicale qui rayonne bien au-delà des frontières, avec ce titre devenu emblématique : « oh la vie est belle... ». La rumba congolaise est aujourd’hui classée patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco.
Ce film aussi a inspiré énormément d’artistes : la maison du patron de Kourou est devenue par la suite un centre culturel autogéré encore très actif aujourd’hui : Ndako Ya la vie est belle. Situé dans le bouillonnant quartier Matongé, des artistes de renommée internationale tel que Freddy Tsimba y sont passés.
Kinshasa y est aussi dépeinte avec justesse dans ce film à travers cette scène puissante autour des Mama Moziki, ces femmes commerçantes, débrouillardes, qui se réunissent souvent entre elles que cela soit pour épargner en tontine ou prendre des décisions collectives concernant le quartier.
Le Congo est très souvent relayé à travers des récits sombres ou tragiques dans les médias. Or La vie est belle, sans nier les difficultés sociales ni la dureté des inégalités, propose un autre regard. Le réalisateur Mweze Ngangura fait partie de cette deuxième génération de cinéastes (années 1980) du continent qui souhaitent faire du cinéma pour le plus grand nombre. Un cinéma populaire, prolifique, qui touche le public africain et qui répond aux codes d’un cinéma universel.
Et ce fut un pari réussi pour ce film qui eut un véritable succès en Afrique francophone notamment et reste encore aujourd’hui iconique.