Synopsis
Domingos Xavier, militant révolutionnaire angolais, est arrêté par la police secrète portugaise et emmené en prison dans la capitale, Luanda. Déterminée à retrouver son mari, Maria quitte à son tour le village, son bébé sur le dos, aidée dans sa quête par des hommes et des femmes sensibles à son histoire et à la cause de Domingos…
Contribution




Connexion Atlantique
Le parcours de Sarah Maldoror est avant tout marquant pour son engagement politique et militant notamment concernant la visibilisation des luttes décoloniales. Sambizanga est l’incarnation de cet engagement. L’histoire se déroule en Angola en 1961, Domingos Xavier est arrêté par la police secrète portugaise et emmené à la prison de Luanda. Sa femme Maria décide de partir à sa recherche avec son enfant.
Le film est sorti en 1971, en pleine guerre indépendantiste angolaise, il a donc été tourné à Brazzaville au Congo, pays historiquement ami de l’Angola. Le Congo Brazzaville a activement participé et soutenu la guerre sanglante d’indépendance angolaise qui durera 15 ans. L’Angola fut l’un des derniers pays africains à obtenir son indépendance en 1975. Le Congo Brazzaville reste aujourd’hui marqué par ce soutien comme en atteste le fameux quartier Angola Libre à Brazzaville, très connu comment étant le point de départ des bus nationaux et régionaux.
Le fait que tout le film soit du point de vue de Maria apporte également une dimension importante : marquer la place des femmes et de l’action collective au cœur de ces luttes. Cette approche ainsi que le traitement du sujet est original : aborder les prémisses de la révolution indépendantiste angolaise à travers une histoire intime, d’amour. Cela vient rompre avec des formats plus proches de l’épopées révolutionnaire, mettant en scène des combats comme on peut le voir par exemple avec le film Tabataba de Raymond Rajaonarivelo.
La majorité des comédien·nes du film sont amateur·ices et congolais·es. On y retrouve ainsi un mélange de langues : portugais, kikongo (langue parlée au Congo mais aussi en Angola), kimbundu et lâri (une langue parlée spécifiquement à Brazzaville). Ce parallèle territorial est intéressant : que cela soit à travers le lien historique et culturel entre ces deux pays mais aussi pour la dimension panafricaine : des congolais.es jouant des personnages angolais. C’est d’autant plus symbolique que la Congo Brazzaville est un pays où les luttes pour l’indépendance ont été relativement invisibilisée, encore aujourd’hui les traces de cette histoire sont quasi inexistantes dans l’espace public et politique.
Sambizanga est un film puissant, qui parvient à retranscrire les enjeux politiques, sociaux et humains des luttes anticoloniales. À travers le regard de Maria, Sarah Maldoror offre une œuvre profondément engagée, féministe et panafricaine.