Poème sémiologique autant que document authentique, le film raconte l’histoire des hommes à travers la destinée d’une ville, ses murs, ses mots (maux !) et ses panneaux.
Saïd Bahij, qui habite la cité depuis son enfance, s’applique à décrypter la “forêt de symboles” du Val Fourré. “Sociologue de gouttière” comme il s’est lui-même défini lors d’une rencontre avec Pierre Bourdieu, le réalisateur pose son regard d’artiste multiformes sur l’une des plus vieilles cités de France transformée en “banlieue” par l’urbanisation des cinquante dernières années. Histoire de l’immigration teintée de colonisation, témoignages tendres ou abrupts, le film pulvérise les clichés sur ces “zones franches à hautes tensions” à travers un humour noir salvateur.
C’est le portrait d’un lieu de vie contemporain abandonné aux confins de la capitale, là où le silence bruisse de peine et d’espoir, un parcours fléché porté par la mélancolie, l’énergie créatrice d’un observateur poète.




Vesqui la récupération politique
Maire légitime de Mantes-la-Jolie, inventeur de l’Office du tourisme de Mantes, auteur de comédies, films de science-fiction et documentaires auto-produits toujours passionnants, Saïd Bahji est aussi le réalisateur des Héritiers du Silence. Ce film projeté à la Friche des Trois Communes de Noisy-le-Sec lors du DFF en éveil d’août 2025 retrace le fil de la colonisation et de l’immigration, jusqu’aux dynamiques qui modèlent les ghettos du présent, et dont Mantes-la-Jolie est une héritière emblématique. L’oeil du réalisateur est si aiguisé que son sujet est dans les moindres recoins de la ville, jusque dans les panneaux de signalétique ou de pub. Prenez la rue Edgar DÉGATS, continuez sur la pharmacie affichant « DONNEZ VOTRE SANG », juste à côté des usines Renault, et vous verrez un panneau « FIN DE PRIORITÉ » à côté de l’écriteau « Mantes-La Jolie », juste avant le message « soldes : on vide absolument TOUT ! », devant l’immeuble de 20 étages venant d’être rasé. Quand Saïd Bahij filme, écrit et monte, le cinéma est tellement partout que la notion de film de banlieue n’est plus un problème, une recherche universitaire ou une énigme, mais une évidence. Suffit de regarder à travers sa caméra.
Maya Boukella pour le Decolonial Film Festival