Cinémathèque idéale des banlieues du monde
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janvier 2026

Vesqui la récupération politique

Decolonial Film FestivalMaya Boukella

Chaque mois, un·e artiste, un·e chercheur·euse, un·e cinéaste, un·e journaliste enrichissent le catalogue de la Cinémathèque idéale des banlieues du monde à partir d’une contribution sur un thème, une période, un territoire, sur leur relation au film dit de banlieue. Lors de cette contribution, ils et elles partagent leur regard autour de plusieurs films.

Le cinéma de banlieues est pollué par la récupération. Car rien n’empêche à nos cupides ennemi·es de faire des films de banlieue qui soient précisément l’outil par lequel se construit l’imaginaire criminel, déshumanisé, oscillant soit entre spectaculaire, soit entre vide abyssal, des banlieusards et leur cinéma.

C’est régresser de 100 ans que de continuer à affirmer que les films ne sont pas forcément politiques. De gober que les réalisateurices de ces films, sont les artisan·es honnêtes de simples fables qui ne prennent pas parti, si ce n’est celui de l’art et du divertissement. Ces prétendus contes sont toujours construits sur des partis pris profondément politiques : le capitalisme, le pouvoir et l’argent comme seul horizon désirable pour les indigènes, ainsi que l’effacement de toute domination structurelle au profit de morales pseudo-dépolitisées façon « dans la vie, c’est ni tout noir ni tout blanc » et autres « la violence entre la police et les jeunes, c’est l’oeuf ou la poule, on ne saura jamais qui a commencé ».

Tant que ces films seront systématiquement valorisés, financés, érigés comme des récits hégémoniques de la banlieue par l’industrie du cinéma, alors faire ces films en feignant la neutralité, reviendra à alimenter la déshumanisation de la banlieue et ses gens par l’État français d’une part, l'appauvrissement du cinéma de banlieue de l’autre.

Le Decolonial Film Festival a été pensé comme un lieu qui tente de réinjecter autant de politique que de sensible aux films, afin de confronter cette récupération mortifère. Au lendemain du festival en mai dans des cinémas d'île-de-France, on projette des films en plein air dans des jardins associatifs et espaces autogérés pendant notre festival d’été. Paris et ses banlieues ne sont que le point de départ ; le festival a pour ambition d’être itinérant dans plusieurs villes et régions françaises, organisant déjà des événements à Toulouse, Marseille,et Lyon, afin de de se décentrer de la capitale. À l’inverse d’une cinémathèque institutionnelle qui serait figée dans un seul espace physique et dans la romantisation des archives du passé, nous souhaitons actualiser les images et luttes d’hier en les rendant accessibles pour influencer activement les politiques d'aujourd'hui. En se détachant d’un mode de financement classique, le DFF espère proposer une perspective alternative à la rigidité des institutions en maintenant une indépendance face au pouvoir macroniste. Ces mêmes institutions qui vont parler de diversité pour servir leur agenda politique, sans permettre la libération d’un système fasciste.

Nous ne voulons plus d’un cinéma qui puisse être rangé dans une case parce qu’il parlerait de tel sujet (la colonisation) ou se déroulerait à tel endroit (la banlieue / la colonie). De notre organisation collective pensée face à l’urgence du génocide en Palestine, à l’écosystème de lieux militants et alter-mondialistes où nous prenons racine, en passant par nos modes de construction d’une programmation : tout cela converge vers une même idée. Celle de permettre la défense d’un cinéma décolonial que nos ennemi·es sont incapables d’imiter pour capitaliser dessus. Parce qu’un film décolonial n’est pas un film avec des Noir·es et des Arabes, pas plus qu’un film de banlieue se passe en banlieue. C’est un film qui questionne et dépasse par les moyens même du langage cinéma l’ordre colonial, capitaliste et patriarcal, quel que soit son sujet ou sa forme. Un film qui ouvre des gouffres de sens (significations), de sens (sensations), et de perspectives libératrices. Un tel cinéma, nos ennemi·es peuvent le regarder. Mais iels ne comprennent pas comme nous le pouvons.

Maya Boukella pour le Decolonial Film Festival

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Un dessert pour Constance

Sarah Maldoror1981

Bokolo et Mamadou sont deux éboueurs qui écument Paris. Mais ils ne se contentent pas de nettoyer : ils révisent les recettes d’un livre de cuisine française pour participer à un jeu télévisé culinaire qui pourrait rapporter gros. Leur but : offrir l’argent à leur ami et collègue malade, pour lui permettre de rentrer chez lui au Sénégal. Avec une histoire toute simple et rigolote, Sarah Maldoror nous fait éprouver la bizarrerie de ce qui relève du centre. Paris est une ville que l’on ne finit jamais de nettoyer, où des Blancs déambulent ou donnent des ordres aux travailleurs.

Une ville dans laquelle on gagne plus d’argent en récitant rapidement des recettes à la télé qu’en travaillant depuis 20 ans. À l’inverse, ce qui relève des choses qui ont du sens ; l’amour, la solidarité, l’espoir, se situe soit du côté de la périphérie - dans la chambre du foyer de travailleurs où dorment Bokolo, Mamadou et leurs collègues, soit dans le hors-champ de ce pays natal, idéal pour lequel on joue le jeu du centre. Ni la « ville lumière », qui est surtout un circuit de poubelles, ni les moqueries ou les pressions des patrons ne retiennent l’attention des deux éboueurs, pour qui l’horizon est bien plus vaste.

Maya Boukella pour le Decolonial Film Festival

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Les Héritiers du silence

Saïd Bahij2011

Maire légitime de Mantes-la-Jolie, inventeur de l’Office du tourisme de Mantes, auteur de comédies, films de science-fiction et documentaires auto-produits toujours passionnants, Saïd Bahji est aussi le réalisateur des Héritiers du Silence. Ce film projeté à la Friche des Trois Communes de Noisy-le-Sec lors du DFF en éveil d’août 2025 retrace le fil de la colonisation et de l’immigration, jusqu’aux dynamiques qui modèlent les ghettos du présent, et dont Mantes-la-Jolie est une héritière emblématique. L’oeil du réalisateur est si aiguisé que son sujet est dans les moindres recoins de la ville, jusque dans les panneaux de signalétique ou de pub. Prenez la rue Edgar DÉGATS, continuez sur la pharmacie affichant « DONNEZ VOTRE SANG », juste à côté des usines Renault, et vous verrez un panneau « FIN DE PRIORITÉ » à côté de l’écriteau « Mantes-La Jolie », juste avant le message « soldes : on vide absolument TOUT ! », devant l’immeuble de 20 étages venant d’être rasé. Quand Saïd Bahij filme, écrit et monte, le cinéma est tellement partout que la notion de film de banlieue n’est plus un problème, une recherche universitaire ou une énigme, mais une évidence. Suffit de regarder à travers sa caméra.

Maya Boukella pour le Decolonial Film Festival

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West Indies

Med Hondo1979

Le film parle de la construction de l'empire colonial français grâce à l'exploitation des ressources africaines, et des personnes afrodescendantes, noires à travers le temps. En partant du pillage de leur terre par la traite transatlantique et l'esclavage, jusqu'à la colonisation, les décolonisations et le Bumidom. Il se centre sur les Caraïbes et la construction des identités antillaises qui ont aussi construit leur histoire à travers des luttes de libération, de résistance et d'émancipation contre cet Empire. L'exemple du Bumidom, un dispositif qui a déplacé des personnes issues des régions dites « d'Outre-Mer » à partir en Hexagone, témoigne d'un phénomène qui a contribué à la construction des quartiers populaires, des villes et campagnes françaises tels qu'on les connaît aujourd'hui. Un dispositif qui a aussi été mis en place pour fragiliser la force des mouvements indépendantistes des années 60 dans les Antilles françaises. La machine coloniale renouvelle des logiques d’oppressions à travers les temps et espaces, des périphéries contrôlées par la France en Caraïbes, aux banlieues réprimées en Hexagone. Même police, même combat. West Indies matérialise et schématise sous une forme accessible - la comédie musicale - didactique et ludique, ce que signifie se trouver dans la matrice d’un continuum colonial.

Berry Ntambwe et Sam Leter pour le Decolonial Film Festival

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Pié dan lo

Kim Yip Tong2024

Le 25 juillet 2020, le vraquier MV Wakashio frappe de plein fouet le récif de la côte Est de l'île Maurice, provoquant le déversement d’une quantité astronomique de pétrole. La marée noire qui recouvre la mer, les gens et les animaux s’accompagne d’une évidence tacite immédiate entre les habitant·es : aucun pouvoir central ne déploiera de moyens pour les aider.

Les habitant·es n’ont d’autre choix que de s’y mettre ; coudre des filets, organiser des chaînes humaines pour faire reculer la marée noire, vider le pétrole seau par seau. Leur force est si grande que même les poissons, les coquillages et les oiseaux morts dans le pétrole reviennent à la vie pour les aider. En 10 minutes et quelques milliers de dessins, Kim Yip Tong nous fait éprouver le délaissement de la périphérie, que celle-ci ait le statut de ghetto ou même d’île de paradis, où l’on vit les pié dan lo. Dans les deux cas, la banlieue est toujours le laboratoire d’expérimentation des catastrophes écologiques, sociales, politiques et économiques du centre. Mais à cette fatalité du réel capitaliste et écocide, la réalisatrice répond par la magie. Les animaux se mettent à aider les marginaux à protéger la vie et la Terre qui, elle, ne connaît rien de la binarité du système et sa manie de tracer une ligne de partage entre centre et banlieue, entre vies qui comptent et vies qui ne comptent pas.

Maya Boukella pour le Decolonial Film Festival

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They do not exist

Mustapha Abu Ali1974exil

Le cinéma militant, et notamment le cinéma palestinien, est une véritable arme pour défier l’effacement produit par la colonisation. L’ordre colonial israélien qui cherche à tout prix à exterminer une culture et un peuple, se résume dans la déclaration de l’ancienne Première Ministre israélienne Golda Meir au sujet des palestinien·nes : “they do not exist” (iels n’existent pas). En titrant son film de la sorte, Mustafa Abu Ali répond avec sa caméra à cette invisibilisation, matériellement incarnée par une mécanique de nettoyage ethnique visant à effacer l’existence du peuple palestinien. Par l’image accompagnée en voix-off par une lettre écrite à un fedayin, They Do Not Exist dépeint la vie dans le camp de réfugié·es Nabatia dans le sud du Liban, là où les palestinien·nes déraçiné·es de leur terre se retrouvent à la marge.

Faire sortir du champ de vision, ne pas voir… Ces actes sont caractéristiques de l’état d’esprit colonial et de la construction de nos banlieues - si on ne voit pas l’injustice, elle n’existerait pas. Alors on la déplace à la périphérie, hors de vue. Et les rares moment où on la voit, c’est seulement pour qualifier les personnes se révoltant face à l’injustice de terroristes, de barbares ou de criminels. La véracité d’une image permet de prouver l’intention génocidaire d’une parole, et de contredire le pouvoir colonial en montrant toute la vie et la culture qui anime un peuple dépossédé de sa terre. Un cinéma de l’enracinement, pour exister.

Sam Leter pour le DFF

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Bigo

Samir Titi2023amitié

Ce film d’études réalisé par Samir Titi est une excellente alternative à la fatalité de ces films de banlieue mainstream qu’on nous présente comme apolitiques, alors qu’ils rejouent des stéréotypes réactionnaires. En bas des immeubles d’une cité en périphérie de Lyon, Owen a perdu son téléphone. Les différents personnages qui faisaient passer le temps dans les parages l’aident (avec plus ou moins de volonté et d'efficacité) à le retrouver. La grande banalité de cette trame autour d’un téléphone paumé entre deux tours permet de concentrer tout l’intérêt du film autour d’une mise en scène attentive au sens qu’elle produit. Plan larges, plans serrés, plongée ou contre-plongée disent tant de choses de tous les personnages que l’on croise en 10 minutes - dans leur manière de réagir face à « l’évènement », de réfléchir à une stratégie pour retrouver le bigo, de continuer à passer le temps, de charrier un pote, d’essayer de parler français ou même de philosopher sur le téléphone perdu. Projeté lors du DFF en éveil, Bigo est un film de banlieue drôle, pensé collectivement avec ses acteurs, et qui esquive la misère ou le sensationnalisme, pour finalement toucher de près à la vitalité du réel.

Maya Boukella pour le DFF

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