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juin 2024

Génération Hood movies

Essimi Mevegue

Génération Hood movies                    

Le film de banlieue, appelé Hood movie aux États-Unis, sous sa forme contemporaine en raison de l’émergence de la culture hip-hop dans les ghettos noirs américains, apparaît entre la fin des années 80 et les débuts des années 90 avec l’arrivée d’une nouvelle vague de cinéastes afro-américains qui vont transformer le regard d’Hollywood sur les Noirs à l’écran.

Pendant plusieurs décennies, les grands studios américains ont ignoré le cinéma afro-américain, qualifié de “race movie”, jusqu’au succès du film Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Melvin Van Peebles en 1971. Ce film a changé la donne et poussé Hollywood, (sentant qu’il y avait un moyen de se faire de l’argent), à produire ou à distribuer des films à petit budget, divertissants, destinés aux spectateurs noirs appelés Blaxploitation. Ce genre cinématographique va connaître une popularité durant les années 70 auprès du public noir avant de le lasser en raison d’un manque de renouvellement artistique pour totalement disparaître des écrans à la fin des années 70, engendrant une longue traversée du désert des longs-métrages noirs américains pendant presqu’une décennie. Délaissés par Hollywood, les films afro-américains vont redevenir un cinéma de niche, jusqu’à l’apparition du cinéaste Spike Lee.

Révélé par son premier long métrage Nola Darling N’en Fait Qu’à Sa Tête au festival de Cannes en 1986, où il recevra le prix de la jeunesse, le réalisateur va faire sensation à Hollywood avec son troisième film Do The Right Thing (1989) et poser les prémices du Hood movie qui décrivait la situation des Afro-Américains dans les ghettos noirs durant les années 80. Le film est bien accueilli même si certaines critiques lui reprochent d’inciter les Noirs à l’émeute. Ce à quoi le réalisateur avait répondu « qu’ils sont racistes et ignorants de penser qu’il suffit de filmer une émeute pour que les Noirs passent à l’acte ». Hollywood va, une nouvelle fois, pressentir une aubaine lucrative et les grands studios vont produire et distribuer ces films qui séduisent le public et la critique. Mais à la différence de la Blaxploitation, la majorité des cinéastes sont des Noirs et désirent avoir le contrôle artistique de leurs films, à l’instar de Spike Lee dont Hollywood voit d’un très mauvais œil l’ascension et l'influence en raison de son discours sans concession sur l’Amérique blanche et raciste. Mais le train est en marche et l’année 1991 marque un tournant décisif pour le cinéma afro-américain et les Hood movies, notamment avec Boyz’N The Hood de John Singleton. Révélé lui aussi au festival de Cannes, le film est considéré comme le premier long métrage de banlieue dans le sens où il capte les aspirations et les revendications de la jeunesse afro-américaine, vivant dans des quartiers de plus en plus paupérisés et violents, avec l’émergence de la culture hip-hop et notamment le rap comme moyen d’expression. Contrairement à Do The Right Thing, le long métrage a déclenché des violences dans certains quartiers des grandes villes américaines durant sa diffusion dans les salles, parce qu’il était vraiment ancré dans la réalité des ghettos noirs de Los Angeles.

Le succès de Boyz’N The Hood est à l’origine du terme Hood movie, apparu chez des critiques de cinéma américains pour qualifier ce genre émergeant. C’est pendant cette même année 1991, marquée par le passage à tabac du citoyen afro-américain Rodney King, que d’autres Hood movies débarquent sur les écrans ; Straight Out of Brooklyn de Matty Rich raconte l’histoire d’un jeune afro-américain qui aspire à une vie meilleure et envisage, avec ses amis, de braquer un trafiquant de drogue. Ou encore New Jack City de Mario Van Peebles qui relate l’ascension et la chute d’un baron de la drogue à Harlem. Ces deux films traitent en toile de fond de l’épidémie du crack qui sévissait et détruisait la communauté afro-américaine dans les quartiers. D’autres longs-métrages, sortis quelques années plus tard, reprendront le même thème : Fresh de Boaz Yakin (1994) raconte l’histoire d’un enfant de 12 ans passeur de drogue et Paid In Full (2002) de Charles Stone Smith relate l’ascension de trois dealers et proxénètes de Harlem, basée sur des faits réels.

La violence dans les Hood movies est filmée, sans concession (Do The Night Thing et Boyz’ N The Hood), parfois à outrance quand il s’agit de la guerre des gangs ou le “black on black crime” comme c’est le cas avec le brûlot Menace II Society des frères Hughes (1993) et South Centralde Stephen Milburn (1992). Dans cet univers saturé de brutalité, les relations humaines peuvent basculer tragiquement comme le montre Juice de Ernest Dickerson (1992) ou déboucher sur une love story avec Poetic Justice de John Singleton (1993) ou encore prendre la forme d’une comédie burlesque avec Friday de F. Gary Gray (1995) et Spoof Movie de Paris Barclay (1996). Le regard féminin afro-américain y est même représenté avec Just Another Girl de Leslie Harris (1992) et I Like It Like That de Darnell Martin (1994).

Le Hood movie s’impose définitivement comme un genre cinématographique à part entière et va inspirer d’autres pays, notamment la France. On y raconte une jeunesse nourrie à la culture hip-hop, vivant dans les quartiers populaires, avec des longs-métrages comme La Haine de Mathieu Kassovitz (1995) et Ma 6-T va crack-er de Jean-François Richet (1997), deux films dont la construction narrative est semblable à celle de Do The Right Thing de Spike Lee. Ou encore à travers des films plus récents comme Les Misérables de Ladj Ly (2019) et Athena de Romain Gavras (2022).

Le Hood movie a structuré le cinéma afro-américain contemporain durant les années 90 et lui a permis d’exercer, par la suite, une influence majeure à Hollywood.

 

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Do The Right Thing

Spike Lee1989

Avec Do The Right Thing qui relate les tensions entre différentes communautés lors d’une journée d’été caniculaire à Brooklyn, Spike Lee est le réalisateur le plus important de ces trente dernières années, un « game changer ».  Il a redéfini la pop culture en imposant frontalement la question de l’identité dans la culture mainstream, permettant à toute une génération d’auteurs et de réalisateurs d’aborder ce sujet de différentes manières au cinéma ainsi que dans les séries. Do The Right Thing est la pierre angulaire du cinéma afro-américain contemporain.

Essimi Mevegue
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Boyz’n the Hood

John Singleton1991

Présenté au festival de Cannes en 1991 dans la catégorie « Un Certain Regard », Boyz’N The Hood a fait sensation sur la croisette, révélant John Singleton, qui sera par la suite, le plus jeune cinéaste nommé aux Oscars du meilleur réalisateur. En effet, pour la première fois à l’écran, de manière frontale et intense, ce drame social et racial, racontait l’histoire d’une jeunesse afro-américaine désœuvrée et minée par la guerre des gangs, le “black on black crime” et les violences policières dans les quartiers noirs américains.

Essimi Mevegue
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Just another girl on the I.R.T

Leslie Harris1992

Les réalisatrices afro-américaines ont longtemps été sous-estimées par l’industrie du cinéma. Avec Just Another Girl, Leslie Harris était simplement la troisième femme noire américaine à faire un film (après Kathleen Collins et Julie Dash). Son long métrage, en brossant le portrait d’une jeune adolescente afro-américaine dans son quotidien difficile à Brooklyn, se voulait une photographie des aspirations et des revendications d’une jeunesse féminine noire dans les Etats-Unis du début des années 90. La rareté de ce regard féminin au cinéma a fait un bien fou au moment de la sortie du film.

Essimi Mevegue
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Juice

Ernest R Dickerson1992Hip Hopvie urbaine

La particularité de Juice est l’entrée fracassante du rappeur Tupac Shakur dans le cinéma, en incarnant Bishop, un personnage sombre et complexe au sein d’une bande de potes de Harlem à la recherche du respect de la rue. Son rôle est tellement impactant qu’il va construire la légende du rappeur, avant son succès dans la musique, se faisant notamment remarquer par John Singleton qui voulait en faire le nouveau Robert De Niro. Réalisé par Ernest R. Dickerson, ancien chef opérateur des films de Spike Lee, Juice est la réponse de New York au Boyz’n The Hood de Los Angeles. Sa bande originale est la meilleure musique de Hood movie à ce jour.

Essimi Mevegue
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