Trois heures avant d'être fusillé sur le Mont Valérien, Roger, dix-huit ans, envoya à Mathilde, fille d'un émigré italien, seize ans à l'époque, sa première lettre d'amour. Ce fut aussi sa dernière lettre de vivant. Roger est né enfant de la zone, trente ans après, il l'est encore. À tous dans la région des étangs de l'Isle d'Abeau et jusqu'aux montagnes de Savoie, nous avons dit : « Roger est mort le jour de ses dix-huit ans, vous allez lui donner quelques instants de plus à vivre en lui prêtant votre chant, votre invention, vos expériences. » Il y eut 63 groupes de 4 à 120 personnes, à chacun un lieu de rencontre avec Roger, inventé en fonction des endroits qui ont jalonnés la courte vie du résistant : la campagne, l'école, le centre des apprentis, l'usine, le tribunal, la prison.
